La paix comme idée exemplaire dans un monde non exemplaire.

L'instauration de la paix mondiale est devenue l'un des plus nobles objectifs de l'humanité, auquel aspirent toutes les sociétés dans le contexte du système mondial moderne. La paix est présentée comme le fruit naturel du développement des sociétés et de la transition entre les phases de conflit, comme si elle n'était qu'une question de temps ou de volonté.

Cependant, cette idée, malgré sa popularité, peut être aussi trompeuse que rassurante. Car le monde dans lequel nous recherchons la paix ne repose pas sur un système neutre ou équilibré, mais sur un espace où les conflits et les formes d'instabilité émergent régulièrement.

Il apparaît donc que le sujet des “ efforts déployés pour instaurer la paix ”, malgré son attrait, occulte une structure plus complexe qui régit la réalité contemporaine. En effet, il n'existe plus de position commune sur les conditions fondamentales qui mènent à la paix, telles que l'équilibre des intérêts, la justice sociale et l'existence d'une institution capable de gérer les conflits. Dès lors, en l'absence de ces conditions, la paix demeure davantage une idée en suspens qu'une situation stable et établie.

L'absence apparente de conflit ne suffit pas à affirmer que la paix est acquise. Il ne faut pas se laisser tromper par des scènes de calme et de tranquillité, car, en marge des communautés, persistent divers déséquilibres moins visibles mais plus profonds et plus destructeurs : oppression, marginalisation et injustice, persistance des inégalités de classe et montée de l'extrémisme sous toutes ses formes répressives. Ces phénomènes ne disparaissent pas, mais se dissimulent comme des éclats de bois sous les cendres, rendant le discours sur la paix bien plus complexe qu'il n'y paraît et aboutissant à une idée et à un concept plus souvent utilisés que réellement mis en œuvre.

Ainsi se révèle l'aspect le plus profond du problème de la paix dans le monde : le fossé immense entre le discours et la réalité, l'absence de terrain d'entente entre les parties sur lequel fonder la refonte des structures sociales sources de conflit. Ces situations sont régies par un ensemble de règles et de traditions historiques, le plus souvent fondées sur des divergences fondamentales de perspectives et d'intérêts.

Le problème n’est donc pas la “ difficulté à parvenir à la paix ”, mais bien l’impossibilité même de la paix. Le premier pas vers la réconciliation avec cette réalité consiste à cesser de se demander “ Comment parvenir à la paix ? ”. Abordons plutôt une question plus complexe : “ Comment appréhender le fait que la tension n’est pas une urgence, mais une composante intrinsèque de la structure même de ce monde ? ”.

Ainsi, la paix, en tant que voie ouverte, exige des efforts accrus pour maintenir un équilibre délicat entre les forces qui reproduisent sans cesse les conflits. Mais l'idée d'une paix absolue relève davantage de l'utopie, difficile à atteindre en raison des déséquilibres sociaux et internationaux – tant visibles que latents – et des conflits d'intérêts entre les différentes classes sociales.

La paix, en tant que concept, finira-t-elle par devenir un voile cachant la complexité de la réalité, ou devrons-nous admettre que la paix n'a jamais été ce que nous avions l'habitude de représenter ?

Traduit de l'arabe

Amez Khasraw Qadir

Écrivain et chercheur en sciences politiques et sociales, il est titulaire d'un doctorat en sciences politiques (avec mention) de l'Université libanaise. Il enseigne les sciences sociales, mène des recherches et publie des articles. Il a publié de nombreux articles dans le domaine des sciences sociales. Son approche analytique et critique lui permet d'évaluer les enjeux politiques et sociaux et de les présenter de manière claire, concise et percutante.